Waldemar George, 1955

Rompant avec la tradition d'un art psychologique trop fortement teinté d'expressionnisme, Soshana peint une suite de natures mortes d'une couleur explosive, d'un dessin flamboyant et bardé de pointes. Ses fleure sèches dont les tiges ressemblent à des ossements sont plus éloquentes que ses gibets dressés parmi des terres brûlées sous un ciel de cauchemar. L'effort de dépouillement et de décantation accompli par l'artiste mérite d'être souligné. Cet effort paraît tendre à supprimer le support du sujet. L'écriture du tableau, son graphisme et sa gamme colorée y suppléent normalement. Ils traduisent l'âme intime de l'oeuvre et en livrent le secret.

Engagée dans cette voie, Soshana devait aller plus loin. Elle a sauté le mur. Son registre chromatique ne s'est pas modifié. Sa ligne a conservé son dynamisme intense, son frémissement et sa mobilité. Mais elle a, peu à peu, brouillé toutes les images. Ses gerbes calcinées et ses buissons ardents qui répandaient un âpre parfum de mort on fait place aux vagues de couleurs pures qui exaltent la surface et en font un volcan. Les formes qui se dégagent de ce remous furieux sont elles-mêmes chaotiques. Mais ce désordre n'est qu'une vaine apparence. Un système intérieur orchestre tous leurs mouvements et les fait concourir à un effet d'ensemble.

Au romantisme et à l'automatisme de cette période lyrique succède un style plus intellectuel. Sure des rouleaux de papier ou de soie qu'elle serre dans des étuis, Soshana trace à l'encre des caractères d'inspiration chinoise. Ses savantes arabesques appartiennent au domaine de la calligraphie. Son art n'est plus une interprétation de la réalité, telle qu'elle se manifeste à nos sens et à notre connaissance. E'est une écriture d'une qualité très rare. Cette écriture représente les idées par des lignes qui en figurent l'objet.

Waldemar George, Paris 1955, journaliste